Une invitée d'une émission américaine, présentée comme "experte médicale" prétend, documents à l'appui, que les vaccins anti-Covid à ARN messager rendraient les "bras magnétiques" par un phénomène de "magnétofection" observé ces dernières semaines dans des vidéos virales. Mais cette affirmation est fausse, expliquent à l'AFP des experts, qui soulignent que la liste des ingrédients fournie aux autorités sanitaires ne fait état d'aucun élément métallique.

De plus, la documentation sur la magnétofection citée provient d'une société allemande qui a expliqué à l'AFP que ses travaux, sans rapport avec la vaccination anti-Covid, ont été détournés.

Sur InstagramFacebook, ou TikTok … les vidéos prétendant montrer des bras magnétiques auxquels resteraient collés clés, aimants ou encore téléphone portable après une injection anti-Covid continuent à circuler de façon virale sur les réseaux sociaux. Pour l'expliquer, une Américaine, présentée à la fois comme "experte médicale" et "économiste internationale de la santé", a avancé en juin une théorie dans l'émission "The Stew Peters Show".




"Nous savons ce qui est derrière ces phénomènes magnétiques où les gens ont des objets qui se collent à eux", assure-t-elle sur ce qui ressemble au plateau de télévision d'une chaîne d'information en continu américaine. Elle explique que les vaccins à ARN messager "ajoutent une technologie de champs magnétiques à l'intérieur et autour de l'enveloppe de nanoparticules lipidiques afin que l'ARNm entre dans vos cellules" par un "procédé appelé magnétofection".

Pour appuyer ses propos, Jane Ruby montre des captures d'écran de documents d'une société allemande, Chemicell, et assure, en la citant, que "les réactifs de magnétofection sont développés, conçus et prévus, pour la recherche", et ne doivent pas être utilisés "pour tout médicament destiné à l'homme".

L'extrait de deux minutes, publié à l'origine sur les réseaux sociaux américains, a été sous-titré en français et partagé sur plusieurs sites (1,2) ainsi que près d'un millier de fois au total sur Facebook et Twitter (1) ou Odysee depuis le début du mois de juin.








Pourtant, les affirmations de Jane Ruby sont erronées, ont expliqué plusieurs experts à l'AFP.


Des vaccins pour entraîner l'organisme

Actuellement, en France, deux vaccins contre le virus Sars-CoV-2 utilisent l'ARN messager : ceux des laboratoires Pfizer/BioNTech et Moderna. Cette technique consiste à injecter dans l'organisme une molécule d'ARN messager qui contient le code génétique d'une protéine du Sars-CoV-2, le virus à l'origine du Covid-19. La cellule du patient va lire ce code et produire elle-même la protéine Spike du virus, déclenchant du même coup une réponse immunitaire dans l'organisme. Ainsi entraîné, le corps saura se défendre contre une vraie infection de Sars-CoV-2 si la personne venait à le contracter.



Seulement, les molécules d'ARN messager sont fragiles, c'est pourquoi Pfizer/BioNTech et Moderna utilisent des enveloppes lipidiques pour les protéger. Ces lipides, molécules composées d'acides gras, "permettent d'encapsuler l'ARN messager", et contribuent à "l'efficacité en termes de traduction sous forme de la protéine Spike", expliqué Patrick Couvreur, professeur émérite à l'Institut Galien Paris-Saclay et spécialiste des nanotechnologies médicales.

Ces lipides sont bien des nanoparticules, mais cela ne veut pas dire qu'ils sont dangereux pour autant, comme cela a pu être avancé de nombreuses fois sur les réseaux sociaux. "Les nanoparticules sont, par définition, des particules dont la taille est de l'ordre du nanomètre, soit 0.000000001 m", rappelle Claire Marrache, physicienne des matériaux et maître de conférences à l'Université Paris Saclay, interrogée par l'AFP le 28 juin.

Mais alors, les nanoparticules lipidiques injectées peuvent-elles avoir un effet magnétique, comme l'affirme Jane Ruby? Cette allégation "n'a aucun sens car il n'y a pas de susceptibilité magnétique des lipides" contenus dans les vaccins de Pfizer et Moderna, a estimé auprès de l'AFP le biopharmacien Patrick Couvreur le 30 juin.

Les fiches d'information fournies par les autorités sanitaires américaines ne font également mention d'aucun autre ingrédient à base de métal dans les vaccins de Pfizer et Moderna. L'Agence américaine de contrôle des maladies (CDC), qui a réfuté cette rumeur virale, explique même en détail que les vaccins contre le Covid autorisés aux Etats-Unis, dont font partis ceux de Pfizer et Moderna, " ne contiennent pas de métaux tels que le fer, le nickel, le cobalt, le lithium et les métaux de terres rares, ainsi que de produit manufacturé tels que la microélectronique, les électrodes, les nanotubes de carbone et les nanofils semi-conducteurs".

Le Dr Thomas Hope, professeur de biologie cellulaire et à l'école de médecine Feinberg de l'université Northwestern, lui-aussi confirmé qu'un tel phénomène ne pouvait pas être observé à la suite d'une vaccination anti-Covid: "C'est impossible. Il n'y a rien (dans les vaccins, ndlr) avec lequel un aimant puisse interagir, ce sont des protéines et des lipides, des sels, de l'eau et des produits chimiques qui maintiennent le pH".


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